Question de M. Christian Noiret à M. André Antoine, vice-président et ministre du Budget, des Finances et des Sports, intitulée « Accès d’enfants de 6 ans aux clubs de tir sportif »
M. Christian Noiret (ECOLO). – Le 9 novembre dernier, un journal néerlandophone indiquait qu’en Wallonie, de jeunes enfants de six ans peuvent ou pourraient tout prochainement être affiliés à un club de tir.
Si cette activité est pratiquée de temps à autre, par exemple à l’occasion d’une kermesse, ce n’est pas trop grave. Par contre, si elle est pratiquée régulièrement par un enfant dès l’âge de six ans, cela pose problème tant sur le plan pédagogique qu’éthique. Se familiariser avec des armes à un si jeune âge n’est pas anodin. Par ailleurs, contrairement à un sport comme la natation par exemple, ce type d’activité ne favorise pas nécessairement un développement physique harmonieux de l’enfant à cause notamment de l’impact des secousses.
Monsieur le ministre, qu’en pensez-vous ?
Quel est, selon vous, l’impact de ce type de pratique sportive sur le développement des enfants ?
S’inscrit-elle bien dans le respect de l’intérêt supérieur des enfants dont il est question à l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant ?
Conformément à l’article 4 du décret de novembre 2006, la pratique de cette discipline sportive est soumise à l’octroi d’une licence. Les mineurs ont-ils accès à ce type de licence en Communauté française ? Si oui, à partir de quel âge ?
Le cas échéant, combien d’enfants mineurs sont-ils membres de clubs de tir ?
M. André Antoine, vice-président et ministre du Budget, des Finances et des Sports. – J’ai rappelé tout à l’heure combien je suis fermement opposé aux sports extrêmes et à la violence. Cette politique m’a d’ailleurs valu des inimitiés de certains bourgmestres qui considèrent qu’il est banal de programmer des manifestations extrêmement violentes.
Dans le cas que vous soulevez, le problème est d’autant plus important qu’il s’agit de jeunes qui n’ont peut-être pas encore la maturité physiologique
ou psychique nécessaire pour pratiquer un tel sport.
D’un autre côté, je vous rappelle que cette compétition était accessible dès l’âge de quatorze ans aux Jeux olympiques de la jeunesse de Singapour.
Pourtant, ceux-ci ont été programmés et souhaités par un médecin belge, Jacques Rogge, aujourd’hui président du CIO, que nous félicitons et remercions d’avoir organisé ces Jeux de la jeunesse. Pour le tir, les jeunes ne peuvent concourir qu’à partir de quatorze ans. Mais, dans les faits, les clubs les entraînent bien avant cet âge afin de les préparer à la compétition.
Il convient de distinguer la situation en Flandre et chez nous. Pour nos voisins du Nord, les jeunes peuvent concourir dès six ans. L’aile francophone de l’Union royale des sociétés de tir de Belgique m’a confirmé que chez nous, cet âge minimum est de huit ans pour la pratique du tir à air comprimé mais il arrive exceptionnellement que certains enfants soient assimilés à des enfants plus âgés en raison de leur maturité et de leur développement physiologique.
Nous devrons donc prendre une initiative pour nous assurer que l’âge de référence est bien de huit ans puisque, de l’avis des responsables de l’Union, l’âge de maturité pour ce sport est de dix ans. Il faut rappeler que cette discipline est pratiquée dans un environnement sécurisé avec un encadrement adapté. Les plus jeunes adeptes utilisent une « potence belge ». Il s’agit d’un pied rigide sur ressort sur lequel les jeunes tireurs de la catégorie « poussins » posent leur arme de façon à ne pas devoir la porter et à ne pas être directement soumis au recul.
Si nous devions réfléchir à la question du jeune âge des sportifs, et j’y suis prêt, nous devrions alors examiner le cas du tir à l’arc qui exige encore davantage de force et expose les pratiquants à des risques au moins aussi importants. Le moment venu, je ne manquerai pas d’interroger le conseil supérieur des sports et l’AISF afin de savoir si nous devons réglementer ou si nous pouvons continuer à faire confiance à la fédération qui nous assure que ce sont des cas exceptionnels.
N’oublions pas que sa volonté est de former des sportifs. Vous le savez sans doute, nous avons eu des médaillés dans ce sport qui est bel et bien présent dans notre pays même s’il souffre de problèmes d’infrastructures, la plupart du temps liés au permis d’exploiter et aux protestations, parfois légitimes, des riverains.
M. Christian Noiret (ECOLO). – Je remercie le ministre pour ces informations. Ce dossier n’est en effet pas banal. En fait, nous sommes confrontés à deux conceptions qui peuvent diverger fortement. D’une part, le sport est un important outil de développement physique, notamment des enfants mais, d’autre part, un enfant de six ans est un petit être en développement qui a encore un grand chemin à parcourir sur le plan physique.
Aussi, quand j’entends dire que quatorze ans est l’âge où l’on accède à une discipline olympique, je m’interroge. Ce n’est pas parce que cela se fait à l’échelon international que c’est nécessairement une bonne chose.
Je vous suggère d’interroger l’AISF et le délégué général aux droits de l’enfant qui ont certainement un avis sur cette question. Le délégué a été institué parce que nous adhérons à la convention internationale des droits de l’enfant. L’ONE a une expérience tout à fait précieuse qu’il nous faut pouvoir entendre également.
Nous privilégions en tout cas la deuxième conception. Cela vaut aussi dans de nombreuses autres disciplines qui ne sont pas nécessairement sportives ; je pense aux enfants qui participent à des défilés de mode, à ceux qui sont utilisés dans la publicité, etc. Je rappelle que la convention des droits de l’enfant interdit le travail et l’exploitation des enfants et que le sport de haut niveau n’échappe pas à cette contrainte, c’est tout à l’honneur
de notre société.
M. André Antoine, vice-président et ministre du Budget, des Finances et des Sports. – Le sujet est complexe. On ne peut pas uniquement viser les deux disciplines que vous venez de mentionner, monsieur Noiret. Dans d’autres, comme le karting ou les petites motos de cross, les enfants commencent à pratiquer à un très jeune âge. Des parents, parfois un peu inconscients, espèrent que leurs enfants arriveront auxrésultats qu’eux-mêmes n’ont pas obtenus.
Autre exemple, à Luingne, il y a déjà une équipe de football avec encadrement pour des enfants de six ans. Je suis parfois effrayé du très jeune âge et des dangers courus par ces enfants. Il me semble donc indispensable d’ouvrir un débat où l’on entendrait des avis, et pas uniquement ceux du monde sportif.
Certaines pratiques ne posent pas de problème mais d’autres risquent de nuire au développement et à l’équilibre des enfants. Je crois qu’une réflexion s’impose sur tous les sports qui présentent des risques. M. Noiret a évoqué le tir ; j’y ajouterai le karting et la moto. Ces disciplines, comme d’autres, demandent des réglementations.
Vu l’importance du sujet, je veux m’entourer d’un maximum d’avis.Mes remerciements n’étaient pas de circonstance, monsieur Noiret. Je n’avais pas pensé à cet aspect des choses avant que vous ne me posiez la question. Nous n’avons pas reçu de courrier du délégué aux droits de l’enfant ni de l’ONE attirant mon attention sur ce point. C’est vous qui avez soulevé le problème.
En son temps, M. Devin avait, lui aussi, soulevé un problème inédit : celui des défibrillateurs. Cela a donné lieu à une nouvelle subvention qui prendra effet dès 2011. Je m’engage donc à procéder à des consultations et je ne manquerai pas de vous tenir informé. Je ne sais pas si la solution prendra la forme d’un arrêté, d’un décret ou d’un règlement mais nous aborderons ce chantier dans les prochaines semaines, en 2011.
M. Christian Noiret (ECOLO). – Monsieur le ministre, j’apprécie particulièrement votre initiative. Ce chantier mérite bien plus qu’une question parlementaire. L’enjeu dépasse le domaine sportif. Qu’on se comprenne bien, l’activité physique etle jeu collectif sont favorables au développement de l’enfant et doivent être promus. De nombreux sports répondent à cet objectif louable mais certaines activités constituent des dérives.
M. le président. – Voilà qui clôt l’heure des questions et interpellations.